Débuter dans le métier de rédacteur…

Nous avons posé quelques questions à Mathilde sur ses premiers pas dans le métier de la rédaction professionnelle de comptes rendus. Mathilde est rédactrice en CDI depuis quelques mois et travaille en région lyonnaise.

François : Qu’est-ce qui te prenait le plus de temps dans tes premières missions, réécouter et comprendre ce qui se disait ou trouver la bonne rédaction ?

Mathilde : Un peu des deux, et aussi la peur de me tromper, de ne pas avoir bien compris. Je pense qu’avec le temps vient la confiance. Je me fais plus confiance et je lâche prise, quelque part. Au départ, j’avais l’impression qu’il fallait que je réécoute dix fois le même passage pour bien avoir tout saisi, ne pas me tromper, ne pas écrire quelque chose qui n’aurait eu aucun rapport.

F : Si je comprends bien, tu procédais à de très nombreuses réécoutes, bien plus qu’aujourd’hui.

M : Voilà. Maintenant, j’ai pris davantage confiance, je connais mieux les termes et sujets. Souvent, quand on suit le discours, sa structure, on voit bien ce qui est logique ou ce qui ne l’est pas. Si quelque chose n’est pas logique, c’est qu’il doit y avoir un problème de compréhension. Il est donc toujours possible d’y revenir. Finalement, il n’y a donc pas tant de possibilités de se tromper, mais tout cela demande une certaine expérience, une certaine confiance.

Quand on est rédacteur, les gens ont tendance à comprendre que tu fais du secrétariat.

F : Quels sont les principaux clients ou secteurs pour lesquels tu interviens ?

M : À Lyon, j’ai fait surtout un laboratoire pharmaceutique, la région Rhône-Alpes, un opérateur mobile, une caisse de retraite… Ensuite, j’ai eu pas mal d’enregistrements de réunions à traiter, pour des sociétés d’assurance et une société de boissons.

F : Dans certains secteurs, le contenu des discussions est-il particulièrement compliqué ?

M : Oui, surtout quand les sociétés abordent le thème informatique. Je suis particulièrement paumée quand on aborde ces sujets, les systèmes d’information, etc. Il y avait une société pour laquelle j’avais fait une mission et, à un moment donné, le contenu de la discussion était « dingue » parce qu’il n’y avait plus que des acronymes du type « il faudrait mettre le DPECN sur la GN… ».

F : Dans ces cas-là, comment fais-tu pour rédiger une synthèse ?

M : Dans les cas où j’assiste à la réunion, je peux demander quelques informations en fin de séance. Mais parfois, il y a énormément de questions à poser et il est impossible de tout demander. Donc, après, je me base sur les documents qui sont fournis – lorsque c’est le cas – et sinon, encore une fois, c’est la logique du discours : savoir comment les arguments s’enchaînent et on arrive à trouver un semblant de sens, même si on ne comprend pas tous les termes.

F : Reproduis-tu la logique des intervenants en gardant les termes techniques, en te disant qu’eux-mêmes parviendront à comprendre ?

M : Je me dis que oui, certains termes sont propres à leur secteur d’activité et il est donc difficile de les reformuler. Donc je les garde. Après, il est possible de reformuler certains termes, mais c’est toujours délicat de changer les termes que les clients sont habitués à utiliser. Pour d’autres encore, on ne sait pas exactement de quoi il s’agit et on ne peut donc pas reformuler. Dans le doute, il vaut mieux garder le terme tel quel.

Ce n’est pas simplement le compte rendu « vite-fait » d’une réunion. Les gens peuvent ensuite s’y référer.

F : Comment présentes-tu ton métier de rédacteur lorsque tu en parles autour de toi ?

M : Quand on est rédacteur, les gens ont tendance à comprendre que tu fais du secrétariat. Je n’ai pas la sensation de faire ça. Il y a un peu de ça, mais cela demande plus de compétences. J’ai l’impression que c’est un peu dévalorisant. Je préfère dire que je produis des rapports, en général pour de grandes sociétés, et que ça demande des connaissances. J’essaie de présenter la réalité du métier de rédacteur. Il ne s’agit pas simplement de répéter ce que les gens ont dit, sans valeur ajoutée. Il y a une valeur ajoutée.

F : Essaies-tu d’expliquer ce qu’est la valeur ajoutée d’un rédacteur ?

M : Oui, ça m’est déjà arrivé de l’expliquer, de dire qu’il s’agissait d’avoir une certaine compréhension de tous les secteurs d’activité, de pouvoir s’adapter, d’être capable de synthétiser des idées qui sont parfois complexes, pour que chacun s’y retrouve. Ce n’est pas forcément évident, il y a parfois des situations de conflit. Il faut que chacun puisse retrouver sa position dans le dernier compte rendu.

F : Pour résumer, ce qui fait que le métier de rédacteur n’est pas du secrétariat, c’est la nécessité de traduire des contenus complexes.

M : Oui. Et puis, ce sont des documents qui ont parfois une valeur juridique, qui peuvent être repris. Il faut donc faire attention. Ce n’est pas simplement le compte rendu « vite-fait » d’une réunion. Les gens peuvent ensuite s’y référer, etc.

F : Tu parlais des positions de chacun…

M : Oui, je fais en sorte de ne pas favoriser la Direction ou les représentants du personnel, de rester neutre. Je prends en compte les avis de tout le monde, ceux que je partage comme les autres. Je traite chaque intervention en respectant une sorte d’équilibre des temps de parole, en fait.

F : Est-ce que certaines réunions t’ont beaucoup intéressée ?

M : C’est assez variable. Il y a des réunions où il ne se passe pas grand-chose et d’autres vraiment intéressantes. Les problèmes de chauffage dans les CHSCT, par exemple, m’intéressent peu. Cependant, certaines instances sont passionnantes. Là, pour un laboratoire qui fait partie de mes clients, une réunion porte sur la stratégie du groupe au niveau mondial : c’était vraiment très intéressant. Toutes les grandes orientations stratégiques étaient présentées. La présentation de l’image générale de l’activité était passionnante.

F : Merci Mathilde !

 

NB : les noms des entreprises citées dans les réponses ont été masqués.

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