Sieste au travail : journal de bord d’une expérience d’un mois

J’ai voulu vérifier par moi-même les bienfaits d’une sieste en entreprise. Journal de bord d’une expérience d’un mois.

Depuis des années, le moment de la digestion est pour moi une véritable torture. Irrémédiablement, à partir de 13 heures, je me retrouve somnolant devant mon ordinateur, à me battre pour garder les yeux ouverts. Suivant la qualité de ma nuit précédente, la lutte contre le sommeil est plus ou moins difficile. Alors, pour me délivrer de cet infatigable assoupissement, je n’ai trouvé qu’un seul moyen : y céder.

L’article sur la sieste au bureau de François m’a convaincu de tenter l’expérience : 1 mois pour tester la microsieste au travail. Je voulais vérifier ses vertus régénératrices sur la productivité et la santé. Comme beaucoup, j’éprouvais de sérieux doutes sur l’utilité d’une sieste d’une dizaine de minutes. Enfin, je souhaitais voir l’image qu’un dormeur au boulot pouvait renvoyer à ses collègues : fainéant ou génie ? Alors je m’y suis adonné. Et après 4 semaines à essayer la sieste en entreprise, j’ai décidé de l’adopter.

Jour 1 : où ? Quand ? Comment ? Et combien de temps ?

Quelques minutes avant de faire mon premier somme, je suis fébrile. Des questions se cognent dans ma tête : où la faire ? À quel moment ? Et si quelqu’un me surprend ?

Je décide de ne pas effectuer la sieste à mon bureau, pour éviter de gêner mes collègues de l’open space qui voudraient discuter entre eux ni être dérangé par des conversations annexes ou mon propre téléphone. Je préfère m’isoler dans une salle de réunion.

À quelle heure ? J’opte logiquement pour ma pause-déjeuner, juste après manger.

Quelle durée ? Après avoir lu de nombreux articles sur le sujet, je m’arrête sur la durée la plus optimale pour moi : 10 minutes. Cela me permet de récupérer, sans avoir la sensation d’être groggy ni de perdre trop de temps.

Quand les autres fument, je somme.

Après manger, je me faufile donc dans la première salle de réunion disponible, avec l’impression de commettre un délit. J’ai peur d’être repéré et de devoir avouer, honteux, ce que je fais : dormir au travail.

Une fois face à cette longue table et ces chaises, la troisième question capitale s’impose à moi : comment effectuer cette sieste ? Couché sur le sol ? Sur le bureau ? Sans trop réfléchir, je porte mon choix sur un fauteuil : assis, la tête reposant contre le mur derrière moi. Puis, je lance mon chronomètre et ferme les paupières.

Le miracle ne se produit pas. Les dix minutes s’avèrent interminables. Les yeux fermés, je garde une oreille contre le couloir pour prévenir toute intrusion et préparer mon excuse. Quand la fin du chronomètre sonne, j’ouvre les yeux et sens que le sommeil m’a à peine effleuré. Personne n’a remarqué mon absence. Dans l’après-midi, je ne suis pas plus réveillé que les jours précédents ; au contraire, je demeure tout autant abruti par le sommeil. Le soir, arrivé chez moi, je tombe de fatigue comme d’habitude.

Jour 2 : toujours aussi mal installé…

Je recommence le même cirque que la veille : je guette les mouvements dans le couloir et me faufile dans le même bureau. Mal installé la première fois, je décide de « dormir » la tête reposant sur le menton. Grand mal m’y prend : ce n’est pas plus confortable. Je ne peux toujours pas dormir. Mon attention est encore une fois focalisée sur les bruits ambiants et les 10 minutes me paraissent à nouveau bien longues.

Quand le minuteur s’arrête, personne ne m’a débusqué.

Jour 3 : mon responsable me coince

Le troisième jour, ma « sieste » se déroule de la même manière. Toujours aussi mal installé dans ma salle de réunion, je ne peux pas décrocher mes oreilles de la porte, fine barrière entre moi, le dormeur planqué, et mes collègues.

Lorsque mon téléphone vibre pour me signaler la fin de la récré, je retrouve mon open space occupé uniquement par mon responsable. Ce dernier s’étonne que je ne sois pas dehors avec mes collègues. Tout penaud et honteux, je lui explique mon expérience. Alors que je m’attends à un rire ou à une désapprobation, celui-ci exprime au contraire tout son intérêt pour mon article : d’origine méditerranéenne, la sieste est pour lui une tradition – hélas, pour lui, il ne s’agit que de sommes de 2 heures… guère moins ! Bien sûr, il veut savoir si, au travail, elle présente les mêmes bienfaits qu’à la maison.

Jour 4 : un collègue me surprend

Le quatrième jour, la salle de réunion que j’utilisais en dortoir est occupée au moment où je souhaite siester. Je m’isole alors en salle de déjeuner, libre, puisque le repas était terminé. Après deux minutes, un collègue retardataire débarque avec sa gamelle. Il s’étonne de me retrouver dans la pièce sombre. Comme pris la main dans le sac, je fuis et m’installe dans une autre salle, plus excentrée.

Je n’étais évidemment pas tranquille. Je guettais les passages pour m’assurer que je ne vivrais pas une nouvelle intrusion. La fin de la sieste a sonné plus vite que les jours précédents.

Jour 5 : mon directeur me prend sur le fait

Comme la veille, alors installé dans la salle de déjeuner, les deux directeurs entrent et s’étonnent de me trouver seul, assis, sans lumière. Je leur explique que je fais une sieste. Loin de s’en offenser, l’un d’eux me propose d’occuper son siège ergonomique pour m’y allonger le temps de manger. J’accepte.

Dans le fauteuil du patron, je suis extrêmement bien positionné, mais hélas très gêné.

Même si je n’ai pas dormi, je me suis senti en forme tout l’après-midi, sans éprouver de fatigue. Le lendemain matin, je me suis éveillé avant la sonnerie de mon téléphone, frais et disponible.

Jour 6 : les 10 minutes ont paru en faire 5

Ayant beaucoup de travail, je ne fais pas de pause-déjeuner à proprement parler : je mange devant mon écran tout en continuant à bosser. En revanche, je m’accorde quand même mes 10 minutes de sieste.

Je m’isole dans la salle la plus excentrée, assis sur ma chaise. Je me laisse aller au sommeil sans m’endormir vraiment. Finalement, quand le chronomètre sonne, je suis surpris que le temps soit passé aussi vite. Mon corps s’est habitué à ce moment de pause, qui marque une cassure avec la matinée. L’après-midi semble plus courte et je ne suis ni fatigué ni stressé.

Jour 10 : premier jour sans sieste…

Profitant de ma pause méridienne pour acheter quelques cadeaux, je reviens hélas avec beaucoup de retard. Je n’effectue alors pas mon somme. Résultat : l’après-midi m’a paru longue, parmi les multiples coups de barre que j’ai pu subir.

Mode d’emploi pour une sieste au travail réussie :

 

  1. Identifier une salle où s’isoler, loin de la machine à café et de la salle de déjeuner ;
  2. S’assurer qu’elle sera libre le temps de votre sieste (la réserver si possible) ;
  3. Indiquer sur la porte que le local est utilisé pour une sieste ;
  4. Programmer un réveil ou un chronomètre sur 10 ou 15 minutes ;
  5. S’allonger sur une banquette, si la pièce en dispose d’une, ou s’asseoir dans une position à l’aise (muscles relâchés et respiration non encombrée) ;
  6. Mettre un fond de musique douce pour focaliser son attention dessus si nécessaire ;
  7. Fermer les yeux et se relaxer ;
  8. Les rouvrir lorsque votre réveil ou chronomètre sonne.

Jour 15 : la révélation à mes collègues

À table, un des directeurs me demande si je continue mon expérience de la sieste. Tous mes collègues présents s’en étonnent. « Pourquoi fais-je la sieste ? Ça marche ? »

Une de mes plus proches collègues demeure un instant abasourdie, avant de s’en amuser. Tout comme mon responsable, elle a immédiatement exprimé le fait qu’elle ne pourrait jamais faire de sieste de seulement 15 minutes : chez elle, dormir en plein jour revient à rester 2 heures au lit.

Au bout du compte, tous trouvent l’initiative intéressante, s’accordant sur le fait qu’il vaut mieux dormir 10 minutes et bien travailler l’après-midi, plutôt que ne rien faire et lutter pendant 2 heures contre le sommeil. À la fin de la pause, tous m’ont souhaité une bonne sieste !

Jour 16 : comment ça marche ?

Dès le lendemain, mes camarades intègrent « ma sieste » après manger. Ma plus proche collègue continue de s’amuser de cette nouvelle routine, mais il lui importe d’attendre la fin de ma sieste pour faire sa pause cigarette à l’extérieur en ma compagnie.

Intriguée par cette nouvelle pratique, elle m’interroge : où est-ce que je dors ? Dans quelle position ? Combien de temps ? Est-ce que ça marche ?

Je lui explique alors que je m’installe dans la salle la plus excentrée, celle qui se trouve loin de la machine à café, pour éviter les discussions qui s’y déroulent. En position assise, la tête bien à la verticale pour respirer sans gêne. Une sieste de 10 minutes, aisément réalisable à la fin d’une pause déjeuner.

Est-ce que je dors ? Non. Je cède à la fatigue, pour avoir l’impression de m’endormir et, au bout de dix minutes, lorsque mon téléphone vibre, l’étape de l’endormissement laisse place au réveil. C’est cette dernière phase qui est pour moi la plus importante : c’est elle qui va me permettre de tenir tout l’après-midi face au sommeil.

Suis-je plus productif au final ? Oui. Hormis les fois où je me couche bien après les douze coups de minuit ou la tête envinée, je n’éprouve plus de coups de barre après midi. Même si mon attention reste moins vive que le matin, j’arrive à tenir jusqu’au dîner sans difficulté.

Microsieste ou une sieste flash, appelez-la comme vous voulez, l’idée est de faire une sieste sans dormir. Elle repose en effet, sans fatiguer.

Jour 20 : le post-it !

Maintenant, toute l’entreprise sait que je dors avant la reprise de l’après-midi. Pour éviter d’interrompre maladroitement mon sommeil et la gêne de tomber sur moi siestant, j’accole un post-it sur la porte signalant ma sieste en cours. Depuis, je me repose sereinement. Dès qu’une personne passe dans le couloir, elle parle moins fort par respect.

Jour 30 : c’est adopté !

L’expérience arrive à son terme. Néanmoins, je décide de la prolonger. En 30 jours, je suis clairement moins fatigué l’après-midi. Je me concentre plus facilement après manger et la sieste est pour moi le moment où je fais mentalement le point sur ma matinée. Souvent, il m’arrive de débloquer un problème ou de trouver une solution à cette occasion.

En conclusion

La sieste en entreprise est réalisable ! Il suffit de bien l’organiser (trouver une salle, prévenir ses collègues pour éviter toute gêne et se rasséréner). Très vite, les premiers bienfaits se font ressentir : mon attention est meilleure, je lutte plus facilement contre la fatigue et le stress, ce qui me permet de mieux travailler. La sieste est le moment où je déconnecte vraiment du travail pour mieux m’y remettre ensuite.

Au bureau, tout le monde s’est adapté à cette nouvelle pratique et l’on ne s’en étonne plus. Mon directeur m’a même signalé qu’elle ne le dérangeait pas, si elle aide ses collaborateurs à être d’attaque l’après-midi. Sa seule inquiétude en tant qu’employeur réside dans l’occupation des salles : que se passera-t-il le jour où tout le monde décidera de faire la sieste en même temps ? Et il a sûrement raison de s’interroger : j’ai moi-même surpris hier ma collègue couchée sur un canapé pour se reposer avant d’entamer une longue après-midi…

Alors à tous ceux qui continuent de lutter contre la tentation de dormir après déjeuner, sachez qu’il existe une solution miraculeuse : y céder !

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