Le Burn-out et ses rejetons : bore-out, brown-out et blur-out

Il semble que plus un mois ne passe sans que de nouvelles dénominations de maladies du travail, importées du monde anglo-saxon, ne fassent leur apparition. Au-delà de l’effet « marronnier » dans les médias, ces intitulés renvoient à des phénomènes réels, qui plus est visiblement en augmentation. Les concepts sont souvent assez flous. Nous vous proposons ici des définitions précises de termes employés parfois de manière impropre et nous apportons un éclairage sur les problématiques que ces nouvelles maladies soulèvent.

Le burn-out

Qu’est-ce que c’est ?

En France, le phénomène de burn-out est souvent décrit par le terme « syndrome d’épuisement professionnel ». Le concept est en fait assez mouvant, mais se caractérise par une dégradation du rapport au travail. Il ne s’agit de fait pas d’une dépression au sens clinique, qui recouvre l’ensemble des aspects de la vie de la personne qui en est atteinte. J’ai retenu trois caractéristiques du burn-out, présentées dans un rapport de l’INRS sur le sujet :

  • Épuisement émotionnel, psychique et physique ;
  • Cynisme vis-à-vis de l’activité professionnelle et des différents interlocuteurs de la personne concernée dans le cadre de son travail ;
  • Diminution de l’accomplissement personnel au travail.

Il existe plusieurs controverses autour de la définition des caractéristiques de ce syndrome et de ses symptômes. Cela étant, il semble qu’aujourd’hui tout le monde connaisse quelqu’un qui est ou a été victime d’un burn-out. Le terme est sans doute employé de manière abusive de temps à autre, mais il devient trop fréquent pour être ignoré.

De manière plus pragmatique, le burn-out, tel que décrit par ceux qui en sont atteints, se traduit par une incapacité partielle ou totale à accomplir son travail comme on le faisait par le passé. Certains évoquent un ralentissement, une diminution de leur efficacité. D’autres, dans des cas extrêmes, expliquent que leur corps a cessé de leur répondre à partir d’un certain seuil d’épuisement. Par exemple, un salarié qui ne parvient plus à bouger de son lit pour se rendre au travail un matin, alors qu’il souhaite y aller.

Comment faire reconnaître un burn-out au travail ?

La définition de ce syndrome ne fait donc toujours pas consensus chez les professionnels de santé, mais le burn-out commence à être reconnu par la Sécurité Sociale. La loi Rebsamen du 17 août 2015 introduit la reconnaissance des maladies psychiques dans son article 27 :

L’article L. 461-1 du Code de la sécurité sociale est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« Les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle, dans les conditions prévues aux quatrième et avant-dernier alinéas du présent article. Les modalités spécifiques de traitement de ces dossiers sont fixées par voie réglementaire. »

Un décret du 7 juin 2016 permet de renforcer l’expertise médicale pour la reconnaissance de ces maladies.

En stress devant son ordinateur

Photo by Tim Gouw

Comment éviter un burn-out

Plusieurs grandes familles de causes expliquent le syndrome d’épuisement professionnel et mériteraient donc d’être combattues, évitées et prévenues. Sur le plan des facteurs de risque psychosociaux liés au travail et donc de risque de burn-out, on peut citer les éléments suivants :0

  • Exigences au travail : intensité, complexité, surcharge de travail ;
  • Exigences émotionnelles : il s’agit ici des relations avec le public qui peuvent s’avérer éprouvantes pour le salarié ;
  • Manque d’autonomie et de marge de manœuvre dans l’exécution de ses missions ;
  • Mauvais rapports sociaux et mauvaises relations de travail ;
  • Conflits de valeur (effectuer une tâche que l’on désapprouve moralement) et qualité empêchée (être contraint, par des objectifs de productivité par exemple, de produire un travail de qualité que l’on estime insuffisante, notamment au regard de sa mission initiale) ;
  • Insécurité d’emploi (peur de perdre son travail) et de travail (appréhender des changements négatifs de sa situation de travail).

Il existe sans nul doute des facteurs individuels, dont l’influence est cependant plus difficile à cerner de manière objective : instabilité émotionnelle, degré de conscience professionnelle, implication personnelle au travail, c’est-à-dire importance du travail effectué dans la vie de l’individu.

Un élément ressort systématiquement : le stress. Le burn-out semble finalement proche d’un développement critique du stress chronique : une tension trop grande entre la réalité d’un travail et ce qu’il devrait être (charge de travail, objectifs, conditions de travail, etc.).

L’élargissement du concept

Le terme burn-out s’est popularisé, au point de donner naissance à de nombreux dérivés construits sur le principe du « xxx-out », c’est-à-dire de dégradation du rapport au travail pour différentes causes : ennui, contradiction morale ou encore confusion vie personnelle/vie privée. Même s’il y a probablement un phénomène de « mode » autour de ces notions, qui ne sont pas toujours validées par le monde académique, les situations auxquelles ces appellations renvoient sont cohérentes avec le concept de syndrome d’épuisement professionnel. Ici, c’est simplement la cause qui varie.

Le bore-out

Premier héritier du burn-out, le bore-out (syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui) se définit comme un épuisement moral et un désengagement professionnel d’un travailleur sous-alimenté professionnellement, du fait d’une sous-charge de travail.

L’idée pourrait prêter à sourire (être malheureux quand on n’a pas assez de travail ou un travail trop facile) si elle ne renvoyait pas à une réalité beaucoup plus déprimante. L’idée du bore-out s’est en partie développée à la suite d’un pavé dans la mare, jeté par un anthropologue (et professeur à la London School of Economics), David Graeber. Sa théorie est que le capitalisme, au lieu d’aboutir à une baisse progressive du temps de travail, permise par la mécanisation et le progrès technique, donne au contraire naissance à une multitude grandissante de “bullshit jobs” pour occuper les masses. Je n’ai pas trouvé de traduction polie qui soit valable pour l’expression bullshit jobs, aussi me permettrais-je de la traduire par un “métier à la con”.

Le brown-out

Dans la même série, il faut évoquer les métiers sans valeur ajoutée et sans utilité apparente pour le salarié, soumis à des process absurdes. En un mot, l’univers du film Brazil. Le concept de brown-out renvoie à l’idée qu’une personne compétente est employée uniquement à des tâches répétitives et dénuées de sens, en négation même de ses compétences. En gros : une personne recrutée en partie pour son diplôme à qui l’on demande de ne surtout pas réfléchir par la suite et au contraire d’effectuer des tâches… stupides. Là encore, ne souriez pas, c’est un problème réel et assez fréquemment rencontré par de jeunes diplômés.

Le blurring (blur-out ?)

La technologie multiplie les sollicitations, sans respecter la frontière bureau domicile

“Blur” pour confusion, flou. Terminons la série des situations cauchemardesques par un phénomène plus insidieux, mais plus léger, et ultra répandu : la confusion grandissante entre vie professionnelle et vie privée, entretenue par les nouvelles technologies qui permettent tout aussi bien de vérifier l’expédition de sa commande Amazon depuis le bureau que la consultation d’un mail professionnel à une heure du matin chez soi.

Dans ce domaine, rassurez-vous, le droit français vient d’introduire le droit à la déconnexion.

Conclusion

À une époque où l’on pourrait penser que la technologie est en mesure de supprimer prochainement les tâches les plus pénibles, il apparaît que les conditions de travail, notamment dans le secteur tertiaire, ne sont pas exemptes de contraintes et peuvent se dégrader fortement. L’émergence régulière de nouvelles discussions autour de pathologies qui ne seraient pas suffisamment prises en comptes — voire admises — doit nous interroger sur les notions de qualité de vie au travail et de bonheur au travail. Plus largement, c’est sans doute toute une conception de l’organisation du travail qu’il convient de remettre en cause.

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